Textes pour la radio
Pochette 88, Numéro 1
juillet 2009
L’importance de la nutrition animale dans la production du bétail dans le nord du Ghana
Notes au radiodiffuseur
Dans la partie
nord du Ghana, le secteur du bétail lutte depuis 10 ans pour sa survie en raison
des ressources et des services inadéquats offerts dans la région. Les
renseignements sur la santé animale et sur les besoins nutritionnels des petits
ruminants, comme les chèvres et les moutons, ainsi que les suppléments et les
services vétérinaires offerts à de nombreux agriculteurs ruraux sont inadéquats
ou totalement inexistants. Dans le présent texte, Lydia Ajono, réalisatrice de
radio communautaire, s’entretient avec des propriétaires de bétail dans les
districts de Bukurugu Yoyoo et de Savelugu/Nanton de la région nord du Ghana au
sujet de la nutrition du bétail.
Le présent texte repose sur des entrevues réelles. Vous pourriez vous en
inspirer pour faire des recherches et rédiger un texte sur un sujet semblable
dans votre région. Ou encore vous pourriez choisir de produire ce texte dans
votre station en utilisant des voix d’acteurs pour représenter les gens qui
parlent. Si tel est le cas, veuillez vous assurer de prévenir votre auditoire,
au début de l’émission, que les voix sont celles d’acteurs et non pas des
personnes initialement impliquées dans les entrevues.
Montée de l’indicatif
musical
Lydia : Bienvenue à notre émission Pukpariba Saha (Note de la rédaction : L’heure des agriculteurs dans la langue Dagbali parlée dans le nord
du Ghana). Aujourd’hui, nous allons rendre visite à des propriétaires de
bétail dans les districts de Bukurugu Yoyoo et de Savelugu/Nanton au nord du
Ghana.
Fondu enchaîné de l’indicatif musical
Lydia : La collectivité de Binde se trouve dans le
district de Bukurugu Yoyoo, qui fait partie du corridor est de la région nord
du Ghana. Binde est située à environ 80 kilomètres de Dalun où se trouve Simli
Radio. Le paysage de Binde est typique de la région de savane
septentrionale. Il présente des collines avec très peu d’affleurements rocheux.
La végétation naturelle comprend un éventail d’arbustes, d’arbres et de
graminées vivaces.
Le climat
du district est semblable à celui des autres régions du nord du Ghana. Les
agriculteurs connaissent ici une saison pluvieuse et une saison sèche. La pluie
débute en avril et dure jusqu’en août, parfois même jusqu’à la mi-octobre. Les
moutons, les chèvres et les bovins sont les principales races de bétail élevées
par les agriculteurs ruraux.
Binde
compte entre 800 et 1 000 habitants, pour la plupart de petits exploitants
agricoles qui élèvent du bétail et font pousser des cultures. La plupart des
agriculteurs n’ont pas poursuivi d’études, mais abondent en connaissances
indigènes sur leurs besoins agricoles, surtout au sujet de l’alimentation de
leurs animaux et des soins concernant leur santé en général. Les agriculteurs
pratiquent ce qu’ils appellent l’alimentation en liberté de leurs animaux.
Pendant la saison sèche, on laisse les animaux se promener dans les terres
agricoles et les forêts pour se nourrir le jour et rentrer le soir. Durant la
période des pluies, les petits ruminants comme les chèvres et les moutons sont
parqués dans un certain pâturage pour y brouter, tandis que les bovins sont
emmenés pour paître dans les champs ou la forêt.
Avant de
parler aux agriculteurs, écoutons quelques chansons de la région. Celle-ci
parle des bonnes récoltes.
Musique
Lydia : Je vais parler à un certain nombre
d’agriculteurs au sujet du genre de programmes d’alimentation qu’ils ont pour
les animaux. En premier lieu, me voici en compagnie de Dimonso Bagamisa
Nabilla. Quelles sont vos expériences en matière d’élevage du bétail?
Dimonso : Je me suis occupé d’élever des animaux durant
toute ma vie. Tout comme mon fils me donne un coup de main, quand j’étais gamin
j’avais l’habitude d’aider mon père à prendre soin des animaux. En fait, je
m’intéressais tellement aux animaux que je les nourrissais avant d’aller à
l’école, surtout pendant la saison des pluies alors que nous devons parquer les
chèvres et les moutons. Mon père avait tellement de vaches, de moutons et de
chèvres. Si on travaillait bien, il nous donnait un jeune animal à soigner et,
par la suite, il nous appartenait. C’est pour cela que je possède aujourd’hui
quelques animaux.
Lydia : Combien avez-vous d’animaux?
Dimonso : Je suis fier de dire que j’ai six bovins, cinq
chèvres et dix porcs. J’ai aussi douze moutons.
Lydia : Je crois savoir que certains de vos animaux
sont chez votre frère aîné. Pourquoi les gardez-vous chez votre frère aîné?
Dimonso : C’est une marque de respect que certains des
biens du frère benjamin soient gérés par le frère aîné.
Lydia : Examinons maintenant votre programme
d’alimentation. Quels genres d’aliments donnez-vous à vos animaux?
Dimonso : Je planifie le programme d’alimentation en
fonction des saisons. Durant la période de sécheresse, lorsqu’il n’y a pas
assez de graminées, je nourris les moutons et les chèvres de feuilles d’arbres
comme le « narik », le manguier et le leucaene. Chaque jour, mes fils
mènent les bovins paître dans la brousse.
Lydia : Ces feuilles sont-elles nutritives?
Peuvent-elles maintenir vos animaux en bonne santé et exempts de maladies?
Dimonso : Vous savez, les animaux aiment les feuilles
vertes parce que, en premier lieu, elles remplissent l’estomac – tout juste
comme les êtres humains mangeant de la nourriture. Ensuite, elles sont
médicinales, c’est-à-dire bonnes pour leur santé. Les feuilles vertes sont donc
une bonne source d’alimentation animale, même si elles ne sont peut-être pas un
aliment complet pour eux. Étant donné que nous avons des pénuries d’aliments
pour animaux pendant la saison sèche, nous devons préparer des aliments pendant
la saison des pluies.
Lydia : La préparation d’aliments pour la saison sèche
implique quoi pendant la saison des pluies?
Dimonso : Après avoir récolté les arachides et les
haricots, je ramasse les feuilles, je les fais sécher en ballots et je les
entrepose pour la saison sèche, que nous appelons la période de famine. J’y
ajoute également un bloc de sel. Ce dernier présente quelques avantages
nutritionnels et il permet de s’assurer que les animaux ne se promènent pas
partout. Étant donné qu’ils aiment énormément le bloc de sel, lorsqu’ils broutent
en liberté, ils reviennent toujours à la maison. Quant aux porcs, je leur donne
de la moulée. C’est un sous-produit d’une boisson locale faite à partir de
sorgho ou de maïs.
Lydia : Comment gérez-vous cela au quotidien, avec vos
autres tâches tout aussi exigeantes?
Dimonso : J’ai trois épouses avec leurs enfants. Nous
sommes 22 à vivre dans cette maison, si bien que tout le monde fait sa part
pour nourrir les animaux. Mes épouses et leurs filles sont chargées d’aller
chercher de l’eau et de la donner aux animaux, tandis que mes fils m’aident à
cueillir les feuilles dans la brousse. Chaque fois que les femmes vont chercher
du bois de chauffage dans la brousse, elles reviennent avec quelques feuilles
pour les animaux.
Lydia : Lorsque je me suis
entretenu avec des gens du Bureau de recherches zootechniques du district, ils
m’ont dit que les propriétaires d’animaux de cette région rencontrent des tas
de difficultés pour nourrir leurs animaux parce que la majorité des buissons
sont brûlés pendant la saison sèche. Que faites-vous pour stopper le brûlage
afin de pouvoir trouver de la nourriture toute l’année?
Dimonso : C’est vrai que le brûlage des buissons est
courant et a contribué à une pénurie de fourrages. C’est la raison pour
laquelle la plupart d’entre nous passent beaucoup de temps à ramasser et
entreposer les résidus de culture après la récolte pendant la saison des
pluies. Nous devons décourager le brûlage des buissons. La collectivité et le
gouvernement doivent déployer des efforts concertés pour faire appliquer les
règlements interdisant le brûlage des buissons.
Lydia : Merci beaucoup, M. Dimonso. De Binde,
rendons-nous au Collège de santé animale et d’élevage de Pong-Tamale pour en
savoir davantage sur l’alimentation des animaux. Le Collège forme des jeunes en
santé animale et en élevage dans le but de renforcer les services vétérinaires
communautaires. Je me suis entretenue avec le Dr Joseph Atawalna,
chargé de cours au Collège, et je lui ai demandé de définir un programme
complet d’alimentation pour les animaux.
Dr Atawalna : Merci de m’avoir invité à votre émission.
Lorsque nous parlons d’un programme complet d’alimentation, cela signifie
simplement que l’animal reçoit la bonne quantité et la bonne qualité de
nourriture pour son âge, son sexe et sa maturité. Une alimentation complète
devrait fournir suffisamment d’éléments nutritifs et d’énergie pour les
déplacements quotidiens de l’animal et offrir un peu d’énergie en réserve et
pour d’autres activités.
Lydia : Quelles sortes d’aliments conviennent aux
ruminants?
Dr Atawalna : Les petits ruminants, comme les moutons
et les chèvres, ont un estomac complexe qui est conçu pour digérer les
graminées. Nous nourrissons donc normalement nos animaux surtout avec de
l’herbe, des graminées que vous pouvez trouver dans les pâturages ou des
graminées que les agriculteurs font pousser eux-mêmes. En outre, nous coupons
les feuilles de certains types d’arbres, y compris le leucaene, le figuier et
les ronciers. Les ruminants ne sont pas comme les porcs ou la volaille qui se
nourrissent de concentrés. Si vous donnez beaucoup de concentré aux ruminants,
ils le gaspillent.
Lydia : Que voulez-vous dire qu’ils le gaspillent?
Dr Atawalna : Comme je l’ai dit, en raison de la
nature de leur estomac, ils peuvent digérer beaucoup de fibres, notamment de la
cellulose. Les graminées et les feuilles contiennent beaucoup de fibres. Les
ruminants peuvent digérer le maïs et d’autres céréales seulement en quantité
limitée. Ils devraient donc recevoir de petites quantités de concentrés, mais
de grandes quantités de graminées pour avoir une alimentation complète.
Lydia : Certains agriculteurs coupent diverses sortes
de feuilles pour leurs animaux. Parlez-nous des meilleurs choix d’arbres ou de
végétaux.
Dr Atawalna : Il y en a beaucoup qui sont bons
pour les ruminants. Les arbres bons à brouter englobent toutes les sortes de kinkangsia, appelés en français
figuiers, et l’arbre « nasatis » comme Gliricidia sepium et l’espèce
Acacia. Les bons végétaux à brouter incluent les pois cajans ou pois d’Angole
et différentes sortes d’espèces de stylos. Les bonnes graminées comprennent
l’herbe de Guinée ou mil de Guinée, le « missi » et évidemment les résidus
de culture, qui sont utilisés spécifiquement durant la saison sèche.
Lydia : J’ai parlé à quelques agriculteurs qui ont
déclaré que les feuilles de l’arbre « zang » ou du roncier sont bonnes, de
même que les graines. Ils appellent le fruit qui contient les graines un
« biscuit pour animaux ». Quelle est sa valeur pour l’animal?
Dr Atawalna : Il contient beaucoup de protéines.
Les protéines aident l’animal à gagner du poids, à mieux se reproduire et à
avoir une plus belle apparence quand il a un niveau élevé de protéines. Il aide
également l’animal à mieux lutter contre les maladies. Les protéines sont donc
très importantes dans l’alimentation des animaux – comme c’est le cas pour les
humains.
Lydia : Il est bien connu que les êtres humains
peuvent souffrir de carences minérales et être traités. Mais, pour les animaux,
comment corrigez-vous cette situation lorsqu’elle se produit?
Dr Atawalna : Certains sols sont naturellement
carencés en minéraux. Par conséquent, ces minéraux peuvent faire défaut dans
des aliments qui poussent dans ces sols et les animaux auront des carences en
minéraux. Chez les ruminants, les carences minérales peuvent être corrigées en
leur donnant accès à des blocs de minéraux et de protéines, couramment appelés
blocs de sel. Ils contiennent des minéraux comme du calcium et du phosphore qui
peuvent faire défaut dans la nourriture. On voit souvent les ruminants
souffrant de carences minérales lécher les murs ou les endroits où des gens ont
uriné. C’est un indice pour l’agriculteur que les animaux souffrent d’une forme
de carence minérale.
Lydia : Quels avantages représentent ces petits
ruminants pour le revenu du petit exploitant agricole?
Dr Atawalna : Beaucoup. Dans le nord du Ghana,
lorsque les récoltes font défaut et que la famine s’installe, les agriculteurs
sont tributaires des petits ruminants. Ils vendent un ou deux moutons ou
chèvres et peuvent se nourrir. En outre, nous les utilisons dans de nombreuses
coutumes traditionnelles comme les mariages, les funérailles et les activités
festives. Ils jouent donc un grand rôle dans nos vies. Malheureusement, dans le
nord du Ghana, nous avons tendance à élever les animaux uniquement comme un
passe-temps et non pas comme une entreprise commerciale. Nous ne leur réservons
pas d’endroit pour dormir et, quand ils sont malades, nous ne nous occupons pas
d’eux ou nous ne demandons pas l’aide de vétérinaires. Ce sont là des choses à
améliorer. Des ressources, comme des suppléments, des aliments, des abris et
des services pour la santé animale et l’élevage dans la collectivité,
contribueraient à améliorer l’élevage des ruminants dans la région.
Lydia : Merci beaucoup de nous avoir éclairé sur la
nutrition animale. J’espère que nos éleveurs de bétail ont beaucoup appris de
vos propos.
Effets sonores d’animaux
Lydia : Les éleveurs de petits ruminants qui ont
bénéficié des Services vétérinaires communautaires du Collège de santé animale
et d’élevage de Pong-Tamale utilisent le genre d’informations dont a parlé le Dr
Atawalna. Un de ces agriculteurs est Wumbei Alhassan de Libga, dans le district
de Savelugu-Nanton. Je lui ai demandé quels services il a reçus du collège.
Wumbei : Grâce à leurs
enseignements portant sur la façon de nourrir les jeunes moutons qui n’ont pas encore eu de
petits, mes animaux ont tellement bonne mine et l’air en bonne santé. J’ai
appris à mélanger les graminées avec d’autres fourrages pour mes animaux. Ils
sont en très bonne santé et paraissent plus âgés qu’en réalité. Ils nous ont
également enseigné comment construire des abris pour les animaux. Il devrait y
avoir des endroits séparés pour les jeunes et pour les adultes. J’ai appris
que, si je bâtis un abri pour animaux, il doit avoir des ouvertures vers le
nord et le sud afin que l’air puisse circuler à l’intérieur. Le toit et les
murs sont bâtis pour protéger les animaux du soleil le matin et en fin
d’après-midi. Cela nous a aidés; nos animaux ne meurent plus de la chaleur.
Je ramasse
les excréments des animaux pour ma ferme. L’an dernier, je n’ai pas utilisé
d’engrais chimiques, mais mon maïs a donné sa meilleure récolte grâce aux
excréments d’animaux que ma femme et moi avons appliqués. J’incite donc les
autres agriculteurs à commencer l’élevage des petits ruminants comme revenu
familial d’appoint.
Lydia : Merci, M. Wumbei, d’avoir partagé cela avec
nous. Chers auditeurs et auditrices, c’est la fin de la première partie de
notre série sur la santé animale et l’élevage. Nous avons examiné des
programmes complets d’alimentation des animaux, surtout des petits ruminants,
dans la région nord du Ghana. Veuillez envoyer vos questions ou vos
commentaires aux réalisateurs à Simli Radio, B.P. 764, Tamale, Ghana, ou
par téléphone au numéro 0244784176.
Montée et sortie de
l’indicatif musical
Remerciements
- Rédaction : Lydia Ajono, gestionnaire des émissions, Simli Radio, Tamale, Ghana, un partenaire de radiodiffusion de Radios Rurales Internationales.
- Révision : Dilip Bhandari, vétérinaire, Heifer International.
Sources d'information
- Projet d’élevage des papillons d’Amani
Entrevues effectuées dans la collectivité de Binde, dans le district de Bumkurugu-Yoyoo, le 17 avril 2009; à Pong-Tamale, le 18 avril 2009; et dans la collectivité de Libga, dans le district de Savelugu/Nanton, le 21 avril 2009.
|
Programme entrepris avec l’appui financier du gouvernement du Canada fourni par le biais de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) |

